Verni Claire
PE 1 F
IUFM de Grenoble
BILAN DE LA CONFERENCE
AVEC PHILIPPE MEIRIEU
du 18 Novembre 2008
à l'IUFM de Grenoble
Présentation de la conférence :
La conférence qui a eu lieu dans l'amphithéatre de l'IUFM de Grenoble en compagnie de Philippe Meirieu a retracé tous les problèmes soulevés par les réformes actuelles de l'Education nationale.
Les principaux thèmes abordés ont été:
Ø Le RASED (Réseau d'Aide Spécialisé aux Elèves en Difficultés)
Ø La formation à l'IUFM
Ø Les nouveaux programmes de 2008
Ø L'EPEP (Etablissements Publics d'Enseignement Primaire)
Ø L'école maternelle
Ø La base élèves
Ø L'évaluation des enseignants en fonction des résultats des élèves
Ø La baisse du niveau orthographique
Ø La carte scolaire
Ø L'organisation de la semaine scolaire
Lors de cette conférence, plusieurs intervenants ont d'abord pris la parole dont la directrice du SNUipp, le directeur de l'IUFM de Grenoble, une enseignante d'école maternelle, un directeur d'école primaire, une enseignante maître G en RASED, un enseignant à le retraite, des membres du SNUipp.
Chacun a exprimé son opinion sur un des dysfonctionnements actuels de l'éducation nationale et par la suite, Philippe Meirieu a donné son opinion sur chacun de ces thèmes dans la deuxième partie de la soirée.
1) Le RASED
Le témoignage de l'enseignante maître G en RASED :
Le RASED accompagne des élèves en difficultés pour qu'ils arrivent à acquérir « un statut d'élève ».
Elle a choisi de raconter sa journée pour montrer l'utilité de ce réseau et que les nombres de postes en RASED ne doivent pas être diminués.
Descriptif de sa journée :
8h : rencontre avec des parents d'élèves
8h/11h30 : Travail en petits groupes avec les moyens sections de l'école maternelle, puis avec les CE2
11h30 : Rencontre avec une enseignante
Elle montre la nécessité de travailler ensemble, de discuter au sein de l'équipe pédagogique à propos de certains élèves. Cependant aucun moment dans l'emploi du temps de la semaine n'est prévu à cet effet.
13h30/16h30 : Travail petits groupes
17h : Travail spécifique avec un enfant très agressif qui a un mauvais comportement en classe
Puis réunion avec ses parents et les partenaires de cet enfant pour voir comment on peut faire pour l'aider.
2) La formation à l'IUFM
Le témoignage du directeur de l'IUFM de Grenoble :
La réforme de la formation des enseignants a débuté, elle prévoit la formation et le recrutement de tous les enseignants au niveau BAC+5.
Lorsque l'on se rend dans les Universités et que l'on regarde les cahiers des charges, on constate que peu de choses y figurent. La professionnalisation des enseignants se retrouve peu explicitée et peu présente, alors que celle-ci s'avère plus que nécessaire.
L'objectif réel, caché par le Gouvernement, de ces réformes est la diminution du budget de l'Education nationale.
On peut même penser que l'objectif est, en changeant les modes de recrutement des enseignants, de détruire l'école publique et de laisser la place à l'enseignement privé.
3) Les nouveaux programmes de 2008
Témoignage d'un membre du SNUipp :
Ces nouveaux programmes nient tous les travaux actuels des pédagogues. Ils placent les exercices et le par cœur avant tout. Il devient plus complexe de mener un enfant dans les apprentissages.
Mais quels enfants voulons-nous former et pour quelle société ?
4) L'EPEP
Témoignage d'un membre du SNUipp :
Les grandes lignes de ce dispositif sont :
- Le regroupement des écoles, le nombre n'étant pas limité
La conséquence est la fermeture de classes et d'écoles à long terme.
- Cela impose un changement de statut : l'école acquiert un statut juridique
- L'établissement est dirigé par un conseil d'administration
- Le directeur de l'EPEP a des pouvoirs importants pour faire appliquer les décisions du CA
- Le conseil d'école et le conseil des maîtres sont remplacés par le conseil pédagogique et le conseil d'administration.
Cette loi sera promulguée en Janvier 2009 et prendra effet en septembre 2009.
5) L'école maternelle
Le témoignage d'une enseignante en école maternelle :
C'est une école, il faut le dire aux parents. Le ministre de l'Education nationale n'a pas fait passer les programmes de l'école maternelle aux parents, seulement ceux de l'école élémentaire. Les enseignants se sont toujours battus pour que le nombre d'enfants par classe à l'école maternelle ne dépasse pas les 25, alors qu'à l'heure actuelle, on en trouve avec 32 élèves.
Il faut préciser que l'école maternelle ne nuit pas aux enfants, c'est ce que certains ont l'air de penser à l'heure actuelle. A la place des écoles maternelles, ils veulent ouvrir des jardins d'éveils. Il s'agit d'une structure payante. Il y aura ainsi une perte d'égalité entre les enfants.
De plus, il ne faut pas confondre la Moyenne Section (MS) et la Très Petite Section (TPS) : certaines CAF ont déjà préparé les collectivités à accueillir les ¾ ans dans ce genre de structure.
Le témoignage de Philippe Meirieu :
A la maternelle, on enseigne des savoirs nécessaires au développement de l'enfant.
6) La base élèves
Témoignage d'un directeur d'école :
Je m'oppose à la base élève, il s'agit d'une objection de conscience : je ne veux pas renseigner l'Etat. La formation base-élève trahit les parents.
Les sanctions pour les enseignants qui n'appliquent pas la base élève sont : le retrait de salaire, le retrait de statut de directeur des écoles et le changement immédiat d'école.
Je désobéis à l'Etat pour l'intérêt des élèves.
Le témoignage de Philippe Meirieu :
Les évaluations des élèves sont en fait un outil de contrôle. Les élèves sont suivis à la trace.
7) La baisse du niveau orthographique
Le témoignage de Philippe Meirieu :
La baisse du niveau orthographique pour tous est un constat préoccupant. Il s'agit de l'orthographe grammaticale, celle qui n'est pas liée à l'école, mais au rapport que nous entretenons dans la société avec la norme écrite. Il faut valoriser l'expression écrite.
Certains pédagogues s'obstinent sur l'écrit (OCCE, Célestin Freinet).
L'école a mieux résisté sur l'écrit que le reste de la société. Il est ainsi injuste de désigner une instance coupable à l'école. De plus, on ignore le nouveau contexte qui se développe sous nos yeux : la capacité d'attention des enfants à l'heure actuelle est de 3 à 4 minutes consécutives. Les enfants sont déstructurés dans les classes, ne supportent plus d'attendre. Ils sont excités, fatigués psychologiquement le matin. Il est donc dur de les faire travailler longtemps sur quelque chose.
Luc Ferry (psychologue français et ancien professeur de philosophie) pense qu'il faut d'abord faire travailler les enfants sous la contrainte, pour qu'ils choisissent ensuite sur quoi ils veulent travailler. L'intérêt de l'élève viendra plus tard.
Il faut « mobiliser » les élèves sur leur travail (mieux que le terme « motivation »).
8) La carte scolaire
Le témoignage de Philippe Meirieu :
On aurait pu la refonder, la modifier plutôt que de la supprimer.
9) L'organisation de la semaine scolaire
Les problèmes rencontrés :
- Certains directeurs d'école n'ont pas de demi-journée de décharge pour assumer leurs différentes fonctions.
- La nouvelle organisation de la semaine nie les constats des chronobiologistes, on va à l'encontre depuis septembre.
- Les aides individualisées doivent avoir lieu dans un cadre collectif aussi. Il ne faut pas faire toujours revenir des enfants après la classe.
Le témoignage de Philippe Meirieu :
Le fait de supprimer le samedi matin modifie l'équilibre des enfants. Cette modification n'améliore pas les relations écoles–familles. En effet, je pense que le samedi matin devrait être un moment privilégié pour expliquer aux parents ce qui se passe dans l'école.
CONCLUSION de Philippe Meirieu:
Il se met en place une logique de remise en cause du service public d'éducation (idée du 18ème siècle). Celle-ci introduit la concurrence et entraîne la montée de la privatisation et technocratisation de l'école.
Quelles stratégies mettre en œuvre ?
Les propositions de Philippe Meirieu :
ü Ne pas abandonner le combat et l'investissement dans la pédagogie
ü Développer un travail fort en direction des familles
La loi de 2005 donne satisfaction à tous : les parents peuvent se plaindre de la pédagogie d'un enseignant. Il faut accueillir les parents, les familles, leur expliquer la pédagogie, renforcer les liens.
ü La professionnalisation a besoin de se renforcer en dépit des attaques actuelles.
Est-ce que l'on confirait notre santé à un médecin qui est sorti de la scolarité depuis 30 ans ? Comment confier ses enfants aux professeurs sans formation ?
Pourquoi l'alternance des professeurs est-elle supprimée ?
ü Il faut réfléchir ensemble à l'avenir du service public d'enseignement et des services publics.
Deux cas possibles : autoritarisme ou libéralisme
Si on ne réfléchie pas, on laisse l'idée que le libéralisme peut marcher, cela entraînera des dégâts comme dans l'économie.
On ne peut pas le laisser dériver vers l'obligation des résultats au cœur du dispositif car nous ne fabriquons pas des objets. Les résultats sont seulement des indicateurs du développement de la personne accompagnée.
Cela incite à écarter ou à ne pas traiter les élèves en difficultés en délaissant ceux en échec.
En conclusion, il ne faut pas se laisser impressionner par ceux qui brandissent d'obligation de réserve (qui a des bases ténues).
Le premier principe est l'accès de tous à l'éducation républicaine et laïque.
Revendiquons la liberté pédagogique !