L'association grenobloise "Go Citoyenneté" a organisé le 26 septembre dernier une conférence sur l'éducation intitulée "Quelles réformes pour quelle école ?"
Philippe Meirieu était invité à cette occasion ainsi que Paul Bron, adjoint chargé de l'éducation à Grenoble.
Après avoir présenté l'évolution du système scolaire à travers différentes réformes depuis 1945, Philippe Meirieu a fait le point sur le contexte actuel. Il a terminé son intervention en présentant quelques ouvertures positives pour s'adapter à ce nouveau contexte.
Depuis la réforme Berthoin (1959) qui a démocratisé l'accès à l'école en prolongeant l'obligation scolaire jusqu'à 16 ans et en instaurant un premier tronc commun au collège, on a assisté à une "explosion scolaire". En effet, entre 1963 (réforme Fouchet*) et 1965 s'ouvre un collège par jour et, en 1968 tous les élèves de 16 ans sont scolarisés.
Mais s'il y a une intégration de tous les élèves, cela se fait sans modification des pratiques. On peut donc parler de démographisation (démocratisation quantitative) mais peut-on vraiment parler de démocratisation (démocratisation de la réussite) ?
D'après P. Meirieu, cette ouverture proclamée s'avère être, dans les faits, une fermeture avec une augmentation progressive de la sélection sociale. Mais P. Meirieu avance que la démocratisation de l'école n'est pas terminée et qu'il faut faire avancer les pratiques pour qu'elles soient démocratisantes.
Cependant, il constate que dans le contexte actuel, ce n'est pas si évident.
A quoi assistons-nous aujourd'hui ?
On assiste à une diminution de l'engagement de l'état qui se replie sur des tâches de contrôle et cherche à externaliser au maximum les fonctions de l'école, selon le principe de subsidiarité (n'assurer que l'indispensable).
Quelles alternatives peuvent alors être mises en place?
Une des propositions de P. Meireu est de renforcer le dialogue famille/école pour unifier les représentations des élèves sur l'école et, plus généralement renforcer les liens sociaux en exploitant les richesses offertes par les associations (comme l'AFEV**) et les tiers-lieux (groupe de paires qui s'ajoute à la famille et à l'école qui constitueraient les 1er et 2nd lieux).
Les Nouveaux programmes de 2008 mettant l'accent sur un accompagnement en dehors des heures scolaires, P. Meirieu a souligné l'importance d'un travail de clarification sur les différentes offres extra-scolaires (aide personnalisée, accompagnement éducatif, stage de soutient, aide aux devoirs, études dirigées, aide individualisée…) tout en rappelant qu'il vaut mieux prévenir l'échec scolaire que le combattre une fois qu'il est installé. Il a également mis en garde contre le risque d'une accélération élitiste dans le fonctionnement quotidien de la classe que pourraient entraîner ces structures de rattrapage (une sorte d'école à deux vitesses où le soutient scolaire irait de soi).
Pour finir, P. Meirieu a expliqué d'une part, le décalage entre une société de liberté absolue et le nouveau contexte scolaire (« liberté totale pour les marchants d'excitant, répression totale pour les excités ! »), d'autre part, le grand écart entre les attentes sur l'école et les réformes mises en place.
A l'ère du tout tout de suite, comment faire comprendre les dispositifs scolaires qui prennent en compte le temps nécessaire à la réflexion et à l'apprentissage ?
Anaïs Morize, Marie Meyer.
*réforme Fouchet : institutionnalisation de la démocratisation scolaire.
** AFEV : Association de la Fondation Etudiante pour la Ville (soutien scolaire bénévole)
NB : les vidéos de la conférence sur le site de « GO Citoyenneté »
1 commentaire:
Merci à Anaïs et Marie pour ce compte-rendu très intéressant de la conférence de Philippe Merieu!
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